Voici le portrait d'une figure locale, Monsieur Augustin Hébert
Né à Montfort le 5 décembre 1860, Augustin Hébert est l'aîné d'une famille de 8 enfants. Passionné dès son plus jeune age par les techniques nouvelles, il quitta l'école dès 11 ans pour s'intéresser aux machines de Gramme (Zénobe-Théophile Gramme, l'inventeur de la première dynamo à courant continu), il s'orienta par la suite vers l'hydraulique.

Charpentier de moulin à bois à 17 ans, au décès de son père, il pris la charge de ses frères et sœurs.

Intelligent et d'esprit curieux, fourmillant d’idées, de nombreux industriels venaient chercher conseils, sollicitant son point de vue malgré sa jeune expérience.

Séduit par la dynamo industrielle de Gramme à l'exposition universelle de 1878, il échafauda des projets, croyant en l'avenir de cette magnifique invention, convaincu que cela bouleverserait la vie de ses concitoyens : l'électricité.

Mais il du attendre l'invention d'Edison, l'inventeur de la lampe à incandescence en 1880 pour concrétiser son projet. Augustin Hébert saisit immédiatement le parti que l'on pouvait tirer de cette invention révolutionnaire.Se procurant les lampes Edison, il les branche dans son atelier de Saint Philbert sur Risle malgré les vives protestions de ses ouvriers qui s'écrièrent : " Ça va nous brûler les yeux " et se mirent en grève.Ils n'acceptèrent de reprendre le travail qu'après avoir entouré de papier blanc les lampes.

L'installation en 110 volt continu, éclaira, quand vient la nuit, l'atelier d'une lumière vive, devant les habitant émerveillés de Saint Philbert. Il leur propose alors Ce que j'ai fait chez moi, je peux le faire chez vous.. et ça ne vous coûtera pas cher. Si vous êtes d'accord j'installe l'électricité dans tout le quartier.

Partage de ses connaissances au profit de ses concitoyens.

L'année suivante soit en 1886, les notables de Montfort s'intéressent à ce nouveau mode d'éclairage, et lui demandèrent d'éclairer les rues et maisons. Ce qui fut fait. On commença par la rue principale reliant saint Philbert à Montfort sur Risle, où d'énormes câbles nus fixés par des colliers aux toits parcouraient la rue.Par sécurité à l'intérieur des maisons ceux ci étaient recouverts de coton et de feuilles goudronnées.

Les débuts difficiles découragèrent ses mécènes mais pas Augustin Hubert qui installa une machine gramme plus puissante et une seconde roue sur la Risle.

M. THIRON, père de maître THIRON, notaire à Cormeille raconte:

Cette roue était dotée d'une vanne automatique qui réglait le débit de l'eau nécessaire pour faire marcher la turbine.C'était un système ingénieux mis au point par M. HEBERT. Le régulateur était une petite vanne latérale qui commandait la roue, la stoppait ou la faisait tourner des que l'eau atteignait un certain niveau.

Tout cela marchait bien et le jour J arriva. Il y eut beaucoup de curieux mais également les personnalités de la ville. La première distribution électrique du département était née.

Monsieur HEBERT avait utilisé 70 à 80 lampes pour éclairer une vingtaine de maisons. Les lampes posées étaient facturés 5 francs, alors qu'elles coûtaient 6 francs (prix à Paris) mai il fallait tenir compte du prix des lampes à pétrole vendues également 5 francs; l'énergie était forfaitée à 3 centimes par lampe de 20 bougies (La bougie est également une ancienne unité de mesure qui fut remplacée par le candela. Le Candela est une unité de mesure utilisée pour représenter une quantité d'éclairage, autrement dit une intensité lumineuse) et par heure, et le temps était décompté à partir de l'heure du coucher du soleil jusqu'à 23 heures.
Tous avaient accepté ! Augustin HEBERT, avant d'établir le contrat, avait formulé aux "abonnés" des recommandations ultimes, notamment celle de ne pas tourner en même temps les interrupteurs de chaque lampe.On suivit bien évidement ses conseils et il brancha le réseau.La lumière jaillit.Il venait d'éclairer le premier village électrifié de France. C’était en 1886.

Pour l'éclairage public, M. HEBERT percevait une somme forfaitaire de 45 francs par lampe et par réverbère.Déjà les autorisations administratives étaient longues, mais la distribution de courant n'en fut pas moins réalisée. Le 28 novembre 1888, le conseil municipal donna un avis favorable sous réserve que l'éclairage du bourg soit mis en route depuis le coucher du soleil jusqu'à 23 heures et de 6 heures du matin au lever du soleil et qu'il ne fonctionne pas les jours de pleine lune ! Dès lors, l'inventeur fut admiré, et, signe de gloire, on l'appela Augustin ...
Après les succès de son atelier, puis du quartier de Montfort, Augustin HEBERT fut très sollicité. En 1891, il électrifia la filature de M Gabriel DUTHEIL, père de M Georges DUTHEIL à Glos sur Risle.Ce dernier, se souvenant de ces temps héroïque racontait :

On découvrait avec étonnement les gros câbles qui allaient d'une maison à l'autre,en plongeant dangereusement dans les rues et les cours.Les branchements étaient soignés et le danger réduit au minimum.La recommandation ,faite par M. HEBERT à ses abonnés de ne pas tourner tous en même temps les commutateurs, était parfois oubliée, s'en suivait alors une baisse de tension.Les abonnés attendaient alors patiemment que la machine Gramme eut absorbée cette chute et faisaient confiance au système mis au point par M. AUGUSTIN,comme ils l'appelaient désormais.Quelques instant plus tard, la tension remontait et les lampes 2dison dispensaient une lumière éclatante qui faisait s'écrier les gens, au comble de l'admiration : "a coté du pétrole,tout de même ! ...." cela dura pendant des années.

Problèmes avec les services publics.

Et puis un jour, les ennuis surgirent.

Dans son enthousiasme et celui de ses abonnés, M. AUGUSTIN avait oublié d'adresser aux services des Ponts et Chaussées de la préfecture de l'Eure, l'indispensable demande de permis :

Comment ! S’étonnèrent ceux ci, une installation publique sans permis de voirie ... ? Mais vous n'avez pas le droit!

C'était vrai, il n'avait pas le droit .... Il l'ignorait.L'affaire s'arrangea, tout comme s'arrangea un procès (qu'il eut à soutenir pendant 10 ans!) que lui avait intenté la compagnie de Gaz de Pont-Audemer, pour concurrence redoutable !
En effet, la distribution de l'énergie avait pris rapidement son essor:en 1892 Cormeille fut électrifié; puis en 1893, c’est le tour de Pont-Audemer.Dans les 2 bourgs, les réseau de distribution est en triphasé. Les tarifs pratiqués concurrençaient sérieusement le gaz de Pont-Audemer qui trouvait de ce fait un manque à gagner par l'électrification de notre ville.M HEBERT déménagea alors à Pont-Audemer.

Comment perdre son titre

La régulation de demande de permis entre les services des ponts et chaussées de la préfecture de l'Eure et M. AUGUSTIN dura plusieurs mois, et la conséquence regrettable de son oubli fut la suivante : Quand la demande d'autorisation furent rédigées en bonne et due forme, celle de MOREZ, dans le jura avaient déjà été enregistrées.C'est ainsi que MOREZ s'attribua officiellement le titre de la premier ville électrifiée de France,et que Montfort sur Risle le perdit. (aucune trace sur internet ne confirme cette information ) Cela, les historiens de l'aventure industrielle ne l'ont jamais rectifié, bien que les témoins de cette époque lointaine, l’affirmèrent avec véhémence.

3 petites villes normandes possédaient, avant Paris, l’éclairage électrique
Néanmoins, notre région peut s'enorgueillir d'avoir eu les trois (présumées) premières petites villes s'éclairant à l'électricité: Montfort sur Risle,Cormeille te Pont-Audemer,et même avant Paris,que l'o, appelait alors "l'invention magique"
Rouen se mit alors sur les rangs, par l'intermédiaire de M Léon LECORDIER,qui installa un réseau de distribution.Il parait qu'il n'avait pas beaucoup de connaissances sur le sujet, mais il avait un ami,Augustin HEBERT,qui le conseilla.M. LECORDIER au 14 rue de la rue du petit Salut, fit fonctionner une dynamo alimentée par deux machines à vapeur. La renommée de M. HEBERT dépassa les limites du département il était admiré, et le petit inventeur devient un industriel écouté. Il fonda la société HEBERT et VISTO.en 1912 il fut élu à la chambre de commerce de Pont-Audemer.

Un homme discret fuyant les honneurs.
L'un de ceux qui le connurent le mieux, M. Georges DUTHEIL, en traçait le portait suivant :

Il était mince, svelte, ses yeux pétillaient d'intelligence, mais il était froid et fermé, il avait ainsi peu d'amis.

Il ne put néanmoins se dérober quand il fut, en 1939, chevalier de la légion d'honneur.Et autour du fauteuil du vénéré vieillard, beaucoup se retrouvèrent,à Cormeilles,ville ou il s'était retiré,pour le fêter.

Vice président d'honneur de la chambre de commerce,président de la délégation cantonale,président de la caisse d'épargne,membre du bureau de bienfaisance,il était entouré de l'estime et de la considération de ses concitoyens.Il vivait dans une petite maison que bordait la Callone.
La remise décoration fut l'occasion d'un banquet splendide auquel participèrent les personnalités de l'arrondissement ,avec déférence.
Au dessert M. THIRON,le notaire du pays qui était également conseiller général,remit la croix au nouveau légionnaire et fit l'éloge D'augustin HEBERT . Un ami de jeunesse, M. TISSANDIER, fit rire l'assemblée en égrenant quelques souvenir savoureux.Maître THIRON l'appela :"L'Edison normand" et M. DURAME, qui était président des monuments et Sites de l'Eure, le compara au frères LUMIERE. L'euphorie faut à son comble lorsque Augustin HEBERT se leva pour répondre à ces paroles éloquentes; il fut spirituel. On l'applaudit.Lorsqu'il fut rassis, Madame HEBERT se lève et, devant l'assistance soudain silencieuse, entonna un air à la mode.Ceux qui assistèrent au banquet dirent " ce fut une fête pittoresque".

En attendant son dernier sommeil.

Après une vie mouvementée, Augustin HEBERT était heureux,comblé et satisfait:l'électricité était devenue la fée du logis qu'il avait prédite.cela suffisait à son bonheur.Il vécut encore quelques années,celles de la guerre,puis s'éteignit en janvier1944.il avait 84 ans.Sur sa tombe le jour des obsèques, à Saint Philbert sur Risle un fort beau discours fut prononcé au nom de ses amis de la "vallée de la Risle"et dans un journal un nécrologie dans laquelle on pouvait lire "la vie d'Augustin HEBERT vaudrait d'être donnée en exemple aux jeunes ayant au cœur l'espoir de réaliser de grands rêves"L'article se terminant par sur cette phrase prothétique : " il vécut ces derniers jours entouré du respect de tous,respirant l'air pur de son coin natal auquel il resta fidèle et ou son nom sera gardé"

Le 22 octobre 1974,le conseil municipal s'est rappelé qu'Augustin HEBERT méritait bien que son nom figure dans notre ville,en localisant la promenade le long de la Risle ,celle qui avait tant apporté de bonheur,de joie,et aussi de malheur à monsieur Augustin,c'était l'endroit qu'il aurait choisi s'il avait eu a le faire,en songeant que cette eau coule depuis des siècles continuera de le faire en perpétuant le souvenir d'un homme discret,intelligent et qui le plus grand respect et souvenir doit être entretenus.